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Encourager l'échange de signes de reconnaissance :
une ambition au service du développement professionnel.

Il y a quelques mois, une infirmière m'a dit :"Il a fallu que je devienne volante pour qu'on me dise merci en fin de journée". Une phrase percutante qui soulignait à la fois sa propre difficulté à vivre dans une forme d'indifférence et également notre avarice à donner des signes de reconnaissance aussi simples qu'un "merci". A travers cet article, je tenterai sur base d'une formation en Analyse Transactionnelleii, d'éclairer ce paradoxe pour mieux comprendre l'échange de signes de reconnaissance entre les infirmières. En anglais, le terme qui désigne le signe de reconnaissance (SR) est le mot "stroke" qui signifie "coup" ou "caresse". Ce qui laisse déjà présumer de deux types de SR : les négatifs et les positifs. En France, l'usage est d'utiliser le mot "stroke" tel quel, sans le traduire. D'autres auteurs l'ont traduit par "stimulation" ou "caresse". Fidèle à l'idée de Sichemiii iv, je préfère utiliser le terme "signe de reconnaissance" qui semble plus approprié car moins emprunt d'une connotation physique voire sexuelle.

  • 1.La soif de reconnaissance
  • Comme l'ont démontré les travaux de Harlow et Spitz dans les années trente, tous les autres besoins satisfaits par ailleurs, on peut mourir faute de reconnaissance. Dès lors, notre comportement, nos habitudes, notre caractère et notre personnalité apparaissent comme des solutions que nous utilisons pour résoudre au mieux le problème suivant : comment obtenir en quantité suffisante, les SR dont nous avons besoin? Avant de répondre à cette question, il est nécessaire de distinguer les différents types de signes de reconnaissance que nous avons à notre disposition.

  • 2.Les types de signes de reconnaissance (SR)
  • Taibi Kahler et Terry Cooperv, deux analystes transactionnels, indiquent dans leurs travaux que les échanges relationnels comportent des SR conditionnels positifs et négatifs (ce sont ceux que l'on donne à la personne pour ce qu'elle fait) et des SR inconditionnels positifs et négatifs (ce sont ceux que l'on donne à la personne pour ce qu'elle est). Les SR négatifs prennent l'allure de critiques, de reproches ou de dévalorisations mais valent mieux que l'indifférence car ils permettent de vérifier son existence pour les autres (Sichem3). Les SR positifs prennent, quant à eux, la forme d'encouragements, de valorisations, ou de compliments et sont indispensables au développement.

  • 3.L'échange des signes de reconnaissance
  • Chacun d'entre nous a développé un système d'échange de SR à travers son histoire familiale, personnelle et professionnelle. En Analyse Transactionnelle, on distingue différents canaux et modalités pour échanger les SR :

  • 4.L'économie des signes de reconnaissance
  • Comme l'évoque bien le "Conte chaud et doux des chaudoudoux" de Claude Steinervi, l'abondance illimitée de S.R. positifs a tendance à se transformer en pénurie à travers notre système social. Il en émerge à quel point la vie est triste lorsque nous sommes assoiffés de SR et que nous préférons obtenir des SR négatifs plutôt que l'indifférence. Selon Steinervii (1978), il en va de l'économie des S.R. comme de l'économie tout court : le riche s'enrichit, le pauvre s'appauvrit et, entre ces deux extrêmes, la majorité des gens doit trimer pour atteindre le S.M.I.C (Seuil Minimum Indispensable de Caresses). Curieusement, comme les réserves de SR sont inépuisables, il devrait être possible d'en distribuer à profusion, à soi et autour de soi, sans risque de pénurie (Jaouiviii). Pourtant, au sein d'une institution hospitalière comme ailleurs, nous en usons avec parcimonie et souvent dans la plainte. L'être humain semble plus facilement relever les défauts que les qualités et c'est ainsi que les SR positifs se font denrée rare. Aujourd'hui, il est indispensable de nous positionner comme acteur face à cette économie défectueuse pour qu'un jour, nous recevions tellement de SR que nous n'aurions même plus besoin d'en demander, ou de s'en donner à soi même. En attendant, il va falloir oser les demander, apprendre à les recevoir et surtout donner l'envie d'en donner.

  • 5.Le champs d'application des signes de reconnaissance
  • Comme le soulignent Brun et Dugasix, la reconnaissance au travail est susceptible de s'exprimer à travers différents niveaux d'interactions. Ils parlent entre autres dans leurs travaux du niveau horizontal et du niveau vertical. Nous y ajouterons ici le niveau autarcique.

  • Conclusion
  • Tel un papillon qui n'a que quelques heures pour déployer ses ailes, je n'avais que quelques pages pour vous donner envie de déployer les vôtres…et vous encourager à échanger un peu plus de SR. J'espère aussi vous avoir convaincus de la nécessité de vous donner la permission de demander, d'accepter et de refuser des SR. Comme le soulignent Brun et Dugas9, la reconnaissance au travail est un élément essentiel pour préserver et construire l'identité des individus, donner un sens à leur travail, favoriser leur développement et contribuer à leur bien-être professionnel. Je terminerai simplement par cette citation de Jean de La Bruyère qui disait déjà, il y plus de trois siècles :"Il n'y a pas de plus bel excès que celui de la reconnaissance". Il me reste donc à vous inviter à vivre dans cet excès.

    Copyright: Olivier Callebaut
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