Le rôle prescrit par le médecin est actuellement en plein essor à travers l'élaboration des protocoles douleur et des formations mises en place pour les implanter progressivement au sein des unités de soins. Même si des améliorations doivent encore être apportées, ces protocoles permettent une uniformisation des traitements et de leurs applications en octroyant une plus grande autonomie d'action à l'infirmière. Faire reconnaître son rôle propre n'est pas chose aisée, mais constitue pourtant une clé essentielle pour appréhender une prise en charge interdisciplinaire de la douleur. Il ne suffit pas de réunir les membres de différentes disciplines autour d'une problématique, encore faut-il qu'autour du patient, chaque professionnel ait l'humilité de se dire que l'autre peut avoir une vision différente de l'expérience douloureuse du malade tout en lui apportant une prise en charge spécifique.
Au-delà de cette prise de conscience, il paraît essentiel de tenir compte du postulat suivant : " Nous pouvons réunir les plus grands experts de la douleur, s'ils n'interagissent pas, s'ils ne mettent pas en commun leurs regards et surtout leur différence de point de vue, ils ne parviendront pas à prendre en charge la douleur du patient dans sa globalité ".
L'histoire de Mme Germaine
Au petit matin, lors du tour de salle, Mme Germaine décrit au médecin sa nuit difficile emprunte de douleurs quasi permanentes. Cette nuit là, l'infirmière a rapidement détecté la douleur ressentie par Mme Germaine et en a évalué l'intensité à l'aide de moyens standardisés. A la lumière de cette évaluation, elle a pu lancer une offensive thérapeutique sur les bases du protocole mis en place par l'anesthésiste. Après deux heures d'accalmie, force est de constater - lors de l'évaluation réalisée par l'infirmière - que Mme Germaine souffre à nouveau. L'efficacité de la pompe est alors remise en cause et le recours à l'anesthésiste de garde paraît inéluctable. Un bolus est administré en voie péridurale par l'anesthésiste mais l'ennemi reste omniprésent. Le chirurgien est alors contacté par l'infirmière pour exclure une complication opératoire. Finalement, c'est la position du cathéter péridural qui sera remise en cause et qui nécessitera la mise en place d'une pompe par voie intraveineuse.
Un "zoom" nous permet de découvrir que l'infirmière a également pris l'initiative de mettre en œuvre des petits moyens pour PREVENIR, SOIGNER et ACCOMPAGNER l'expérience douloureuse.
C'est parce que les médicaments ne font pas tout que l'infirmière joue un rôle essentiel : prendre en charge la douleur du patient dans sa globalité en tenant compte des composantes sensorielle, affective-émo- tionnelle, cognitive et
Certains patients minimisent l'intensité de leur douleur, d'autres l'amplifient pour être certains d'être entendus, d'autres encore la taisent ou la camouflent. Dans tous les cas, cette douleur nous préoccupe! La douleur est douloureuse car elle témoigne, parfois à tort, de notre incapacité à l'avoir évitée ou suffisamment combattue. Elle nous fait mal aussi car elle peut avoir été induite par des soins que nous avons dû prodiguer.
Heureusement, de nombreuses initiatives ont été prises au sein de notre institution pour développer les compétences de d'infirmière face à la douleur et lui donner les moyens de la vaincre. Ce "Quizz Challenge Douleur" en est une très belle illustration qui nous renforce dans l'idée que la douleur n'est pas inéluctable.
Ensemble, en réelle interdisciplinarité, nous pouvons la combattre.