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    Le risque dans la formation d’enseignant

    Olivier Callebaut, Dubois Yannick, Henrard Caroline et Houppe Jean-François

    Lorsqu’on envisage une prise de risque dans une formation d’enseignant, on ne l’entend pas comme un risque vital. Il s’agit plutôt de difficultés, de prises de décisions parfois hasardeuses qui peuvent modifier tant le cours social de notre vie que l’intime de notre personne.

    Le risque ne doit pas être ressenti comme étant tantôt positif, tantôt négatif, mais ce sont ses répercussions dans notre vécu immédiat ou futur qui apporteront ou non un certain bénéfice. On ne le considère pas comme une entrave, un frein, une contraite, mais bien comme un moteur dynamisant nos choix de vie et de formation.

    L’engagement dans un cycle universitaire nous fait d’emblée courir un certain nombre de risques, mais cette décision en vaut-elle véritablement la peine ? Nous, infirmiers et infirmières de profession, étudiants en agrégation, avons choisi d’en courir le risque. Des risques, nous en vivons au quotidien. Mais quels sont-ils, en quoi consistent-ils ? Loin de nous l’idée de vous proposer une énumération longue et fastidieuse comme on déballe une liste d’achats. Nous désirons davantage vous proposer une série d’exemples de situations reflètant quelque peu notre réalité.

    Tout d’abord, il faut savoir que la majorité des étudiants mènent une activité professionnelle parallèlement à leurs études. Bien souvent, l’inscription au cours s’accompagne d’une diminution du temps de travail qui pourrait être considérée par certain comme un « mal nécessaire ». Les répercussions sont évidemment financières mais également de l’ordre de l’intégration au sein des équipes de soins. Ainsi, il n’est pas rare d’entendre : « il fait partie de l’équipe mais ne consacre plus l’intégralité de son attention à celle-ci. Et lorsqu’il y est, de toute façon, c’est juste pour superviser les étudiants en stage. De plus, le fait d’être en formation d’enseignant laisse planer l’idée correcte ou non qu’à court terme, on quittera son poste pour devenir enseignant à part entière. Cette opinion laisse supposer un moindre investissement de la part de l’infirmièr(e) étudiant(e) professeur qui risque ainsi de mettre en péril son intégration au sein de l’équipe soignante.

    Evoquons à présent des risques encourus d’un point de vue familial. Pour des personnes qui sont mariées et parents, il convient d’imaginer les difficultés naissant de la diminution du temps investi pour leur famille au profit de leurs études. Prendre le risque de débuter et d’achever cette formation nécessite un dialogue sincère et un investissement réciproque afin d’anticiper les situations potentiellement problématiques telles que la fatigue, les absences auprès des enfants , mais aussi les tensions au sein du couple et le stress la veille d’une leçon ou d’un colloque comme aujourd’hui. Au quotidien, nous prenons donc le risque de sacrifier une partie de notre vie familiale pour nous consacrer un peu plus à notre formation.

    Abordons enfin les prises de risques au cœur de la formation. Plutôt que de se conformer à une relative routine pédagogique, l’agrégation nous incite à développer notre goût pour le risque. En pédagogie, il existe souvent de nombreuses façons d’enseigner une matière. L’une des moins risquées, pour le professeur, est sans aucun doute la lecture monotone de son syllabus. Les risques encourus par les étudiants qui subissent une telle façon de faire semblent bien plus importants. Vont-ils être interpellés par le contenu de la matière, resteront-ils intéressés par le discours et reviendront-ils au prochain cours ? Autant de questions qui risquent de mettre en péril la véritable raison d’être du professeur.

    Nous aimerions citer ici le risque pris par deux étudiants d'agrégation qui nous ont présenté une leçon sur le sondage gastrique. Inévitablement, ils savaient qu’ils risquaient d’être critiqués et déçus par le déroulement de la leçon, de se voir à travers nos remarques ou les images filmées de leur exposé – reconnaître ses manies, ses tics ses accents, mais aussi s’accepter, se repositionner en espérant toujours s’améliorer. Finalement, l’assemblée fût époustouflée par le nombre de risques auxquels les deux étudiants avaient bien voulu s’exposer. De manière répétée, ils avaient pris le risque de construire notre savoir à partir des représentations que nous avions du sujet. Au risque de se retrouver dans l’erreur, ils avaient voulu être différents en faisant preuve d’une grande innovation au niveau méthodologique. Il fallait quand-même oser ! Au terme de la formation, vient le moment fatidique de nos stages. Il ne s’agit plus de jeux de rôles mais bien d’une situation réelle d’enseignant devant son auditoire. Cest le grand saut, la mise en application de tous nos savoirs ; on entre dans la magie de la transmission des connaissances. A ce moment, aurons-nous encore l’audace de partager notre goût pour le risque ? Affaire à suivre…

    Enfin, plus la formation avancera et plus nous serons confrontés à certaines remises en question induisant bon nombre de réflexions. Celles-ci auront trait à la capacité personnelle de rester serein face à une classe, mais aussi à la maîtrise et la possession suffisante d’outils pour devenir enseignant et enfin au choix quant au départ d’un hôpital pour rejoindre le corps professoral.

    Bref, autant de questions qui peuvent semer le doute dans nos esprits ; mais autant de risques qui sont comme un défi nouveau auquel nous avons décidé de répondre par l’affirmative. Oui, nous reconnaissons les difficultés de cette formation ; oui, nous désirons devenir enseignants en mesurant les risques et en les assumant de la manière la plus appropriée, et ce dans le seul but de garantir un enseignement de qualité et une profession infirmière allant sans cesse de l’avant.

Copyright: Olivier Callebaut
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